“Villa Vie Residences suspend ses activités au Cambodge dans le cadre d’un processus de restructuration et de recapitalisation.” C’est la première chose que l’on voit écrite sur la page du site de VVR, la société propriétaire du paquebot Odyssey, navire de près de 200 mètres, annonçant la fin d’une croisière débutée en 2024 et qui devait faire le tour du monde pendant trois ans et demi. 203 passagers et 156 membres d’équipage ont été débarqués au Cambodge, à des milliers de kilomètres de leur point de départ, à Belfast en Irlande, pile deux ans après avoir pris le large.
Selon le site, la raison est la même que celle qui touche des millions d’automobilistes et tout moyen de locomotion dépendant de l’essence : “La hausse exceptionnelle des coûts du carburant a soumis notre modèle opérationnel actuel à une pression financière insoutenable.” Le 26 octobre, l’Odyssey a donc jeté l’ancre, temporairement. Villa Vie Residences a précisé que les dépenses mensuelles de carburant par cabine ont atteint le point de non-retour en passant d’une moyenne d’environ 1 600 euros à des chiffres compris entre 5 300 et 7 100 euros, soit une augmentation pouvant aller jusqu’à 344%.
359 résidents à reloger
L’immobilisation a beau être “temporaire” selon la société, actuellement il n’y a encore aucune date de reprise et il faut assurer l’hébergement à terre de tous les passagers. “Nous travaillons en concertation avec les résidents pour organiser leur débarquement ainsi que des solutions d’hébergement temporaire ; par ailleurs, nous apportons notre soutien aux résidents, aux membres d’équipage et aux employés, tandis que nous étudions, au cours des 60 prochains jours, différentes options de restructuration et de recapitalisation.”
Un coup dur pour les occupants qui ont déboursé entre 90 000 et 800 000 euros en fonction des jours présents et du niveau de la cabine. Mais le pire, c’est que l’Odyssey était devenue la résidence définitive de certains passagers ayant opté pour le programme “Horizons sans fin” qui proposait des croisières à vie contre un tarif unique. Ils sont ainsi plusieurs à avoir vendu maison et voiture pour s’offrir ce dernier voyage, pour finalement jeter toutes leurs économies à la mer.
La déclaration de VVR cache une autre réalité : il semblerait qu’au-delà du prix du carburant, le projet doit être entièrement repensé (restructuration et recapitalisation), laissant craindre le pire, même en cas de réembarquement. Il faut dire que le navire a connu bien des galères depuis le lancement de la société il y a trois ans. Poursuites judiciaires suite à des ruptures de contrat ou des heures supplémentaires non rémunérées, contrôle sanitaire non conforme… Et pour enfoncer le clou, l’Odyssey n’a jamais réussi à remplir sa capacité totale de 350 résidents (sur 650 personnes pouvant être à bord).